Photographie

Son territoire, c’est la nature. Sauvage, peuplée d’animaux gracieux, impressionnants, rencontrés au cours de ses voyages. C’est dans le cadre d’une conférence au Beirut Center of Photography, mercredi dernier, que cet amateur amoureux de félins est revenu sur ses années de pratique de la photographie animalière.

 

Philippe PERNOT | OLJ 12/05/2018

Des ours polaires, des tigres, des lions défilant devant les yeux de l’audience ont suscité des commentaires étonnés et admiratifs. Mais c’est bien à Beyrouth, et non au Kenya ou en Sibérie, que Michel Zoghzoghi a présenté, sous le titre Photographing The Wild, une sélection d’animaux sauvages qu’il a immortalisés au cours de ses nombreux voyages. Et plus précisement au Beirut Center of Photography à Gemmayzé, qu’il a cofondé avec Patrick Baz, Serge Akl et Saïd Francis. Le photographe animalier a projeté une centaine de ses meilleures photos, mais aussi des vidéos, partageant ainsi avec un public fasciné des images à la fois précises, brutes et poétiques qui illustrent également sa maîtrise de l’appareil photo. Des animaux sauvages en train de chasser, guetter, mais aussi dormir ou courir, toujours dans les paysages époustouflants de Namibie, du Kenya, d’Écosse ou d’Afrique du Sud.

Schizophrénie
Une longue barbe blanche et un air de nomade qui lui va bien, Michel Zoghzoghi a découvert la photo tardivement, et par hasard. « Mon avion était en retard, alors je me suis acheté un appareil à l’aéroport, pour patienter », se souvient-il. C’était il y a 13 ans, et depuis, ce féru amateur de 53 ans a effectué plusieurs dizaines de voyages tournés exclusivement vers la photographie animalière. Des études en finance à l’Université de Chicago et à la Washington University de St Louis, c’est le côté pile de cet homme qui se recharge quatre fois par an, en toute liberté, dans des escapades qui ressemblent à des rendez-vous amoureux avec les animaux. « Moi qui travaille dans l’entreprise familiale d’équipements médicaux et de produits de consommation, je suis d’ordinaire très impatient. Mais la photo a vaincu cette impatience, et je suis maintenant capable d’attendre des heures pour immortaliser un instant ! » s’exclame-t-il. S’il y a une forte dualité entre son travail de jour et cette activité qui le comble, il l’assume totalement, même s’il dit vouloir se consacrer de plus en plus à la photo. « Je souffre d’une schizophrénie avancée ! » dit-il en plaisantant.

Car cet amateur éclairé a déjà derrière lui plusieurs expositions à Dubaï, Beyrouth et Paris, et même un livre, Prey (2015, MZ Images). Deux ouvrages – « pour m’amuser » – sont prévus pour novembre prochain. Loin des bêtes sauvages habituelles, il traitera de chiens et de chats. « Ces livres permettront une levée de fonds pour Animals Lebanon, association dont je suis membre », clarifie Michel Zoghzoghi, qui reverse tous les revenus qu’il tire de la photographie à des ONG sociales ou environnementales. Car le monde animal est à ses yeux une priorité, un combat quotidien.

 « La nature semble fragile, mais elle sait se réadapter, et elle sera toujours là. En revanche, si nous continuons de la détruire, c’est nous qui allons en payer le prix », s’alarme le photographe, qui confie avoir appris à connaître et mieux respecter ses amies les bêtes en les observant, les côtoyant et les photographiant. « Les animaux sauvages mènent une lutte incessante pour la survie, ils sont capables des plus grands sacrifices pour leurs enfants. Nous avons tort de ne pas plus reconnaître leurs énormes qualités », témoigne-t-il.

Lors de la projection mercredi soir, le public s’est surtout interrogé sur leur dangerosité, s’enquérant souvent de la distance nécessaire entre le photographe et le photographié, ou sur le nombre de morts annuelles causées par les félins. « Ça en dit long sur notre vision du monde animal. En 13 ans, j’ai surtout appris que la méchanceté n’existe pas dans la nature. J’ai été mis en danger uniquement deux fois, et uniquement à cause d’erreurs humaines », s’agace-t-il. Nous serions donc totalement déconnectés de la nature : ces propos sonnent juste dans un Liban au bord de la catastrophe écologique, et c’est sous des applaudissements enthousiastes que s’est achevée la projection.

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