Le génocide arménien

Plusieurs milliers d’Arméniens organisent une marche du souvenir de Bourj Hammoud à Antélias, au siège du catholicossat de Cilicie.

Philippe PERNOT | OLJ 24/04/2018
 
 
 

C’est une foule considérable qui s’est rassemblée hier soir à l’archevêché arménien-orthodoxe de Cilicie à Antélias pour commémorer le 103e anniversaire du génocide arménien. Perpétré en 1915 par les forces ottomanes, l’événement suscite aujourd’hui encore beaucoup d’émotions chez les Arméniens du monde entier, notamment au Liban. Plusieurs milliers d’entre eux, représentant les trois partis Tachnag, Hentchag et Ramgavar, ont ainsi participé en soirée à une marche du souvenir de Bourj Hammoud à Antélias pour rejoindre le reste de la communauté au patriarcat de Cilicie. Là, des responsables des trois principaux partis politiques arméniens ont pris la parole pour commémorer le génocide et revendiquer la reconnaissance de la responsabilité turque.
« Je suis fier de notre communauté au Liban », raconte fièrement le père Hetoum Daghlian, du catholicossat de Cilicie, qui se dit heureux de voir autant de fidèles assister à la commémoration. « À la messe, nous sommes habituellement quelques centaines, ce soir plusieurs milliers. Cela prouve qu’on est loin de perdre notre identité ou d’oublier notre passé, comme certains le pensaient. Ces dernières années, il y a eu un regain de passion pour notre cause », explique-t-il.
La problématique de l’intégration au sein du Liban est importante pour les participants à la marche. Interrogés par L’Orient-Le Jour, ils affirment être arméniens avant tout, mais reconnaissent que ce n’est pas le cas de tous les Libanais d’origine arménienne. « Notre mère patrie est loin, mais nous aimons le Liban, et en prenons soin », affirme une mère de famille de 50 ans, venue avec sa fille de 23 ans. « La vaste majorité d’entre nous reste toutefois en colère face au génocide. Nous grandissons avec le récit de notre passé dès notre plus tendre enfance », reconnaît-elle.

(Lire aussi : Les Arméniens du Liban : tout simplement un mot de remerciement)

Devoir de mémoire et colère
Dans le cortège, on trouve des familles, des jeunes et des moins jeunes. Mais quelle que soit la génération, le devoir de mémoire occupe une place primordiale dans l’identité arménienne des participants. Ne jamais oublier, voilà le mot d’ordre qui semble unir tous ceux qui sont venus. « Si on oublie, on disparaît. La colère n’a pas disparu, il faut qu’elle se transmette pour toujours », témoigne Kasbi Kassabian, 73 ans, qui se targue que sa nièce de trois ans est déjà éduquée sur la question. « Les Turcs ont voulu qu’on se convertisse, mais on a conservé notre religion. Demain, nous allons prier ensemble pour nous souvenir du sacrifice de nos ancêtres. Ils ont tué mon oncle et mon grand-père devant les yeux de leurs fils. Si on oublie, ils seront morts en vain. »
Pako Krikorian, 15 ans, en seconde à l’école arménienne de Fanar, abonde dans le même sens. « Mon arrière-grand-père a combattu pour survivre, aujourd’hui nous devons combattre pour la cause, je suis là pour lui. Les jeunes sont le futur du pays. On est libanais avant tout, mais c’est important qu’on connaisse notre passé. Le génocide est bien plus qu’une cause uniquement arménienne, c’est une cause humanitaire », souligne-t-il.

 

(Lire aussi : L’heure est venue pour un printemps arménien !)

La lutte politique continue
Nombreux sont ceux qui se pressent dans le catholicossat pour voir les ossements rapatriés du désert de Deir ez-Zor, en Syrie, où sont morts de nombreux Arméniens fuyant la Turquie avant de s’installer au Liban, en 1915. La marche de Dora à Antélias, au bord de l’autoroute, symbolise cet exil. « Nos ancêtres ont marché dans le désert, vers la mort. Nous marchons vers leurs tombes », déclare Kasbi Kassabian. Et selon les responsables politiques présents, la lutte continue.
Nazo Geregian (Hentchag), Vasken Gamgoptchian (Ramgavar), Hampig Bilalian (Tachnag) et l’ambassadeur arménien Samuel Meguerchian, ont appelé la Cour européenne des droits de l’homme à statuer en faveur de la cause arménienne. « Les responsables politiques arméniens libanais ont joint leurs forces ce soir pour lutter pour les droits des Arméniens », explique Hagop Havatian, responsable du département de l’information du Tachnag : « Le plus important, c’est que la Turquie nous rende les territoires qu’elle occupe, puis qu’elle s’excuse publiquement pour le génocide. Mais nous avons aussi demandé à la communauté arménienne de rester soudée, à nos écoles de continuer de véhiculer notre identité. »
La diaspora arménienne, présente dans 36 pays, est particulièrement forte au Liban, où elle compte plus de 40 000 membres, un grand nombre d’écoles et d’institutions.

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