Éclairage – La décision de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël a sans doute été influencée par l’entourage du président américain.

Philippe PERNOT | OLJ 07/12/2017

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Le président américain Donald Trump aux côtés de son conseiller Jared Kushner, au cours d'une réunion à la Maison-Blanche, le 13 février 2017. Archives AFP
Le président américain Donald Trump aux côtés de son conseiller Jared Kushner, au cours d’une réunion à la Maison-Blanche, le 13 février 2017. Archives AFP

« Jérusalem est la capitale du peuple juif depuis des millénaires », a déclaré hier Donald Trump, annonçant reconnaître la ville trois fois sainte comme capitale d’Israël. Ses propos s’inscrivent à la fois dans la tradition conservatrice et évangélique américaine et dans la logique du mouvement sioniste, qui réclamait une telle reconnaissance de Jérusalem depuis la création de l’État d’Israël en 1948. Ils témoignent de la conversion, sincère ou non, du président américain à l’ultrasionisme.
Alors candidat à la primaire républicaine, Donald Trump avait promis d’adopter une position de neutralité par rapport au conflit israélo-palestinien. Il avait toutefois assez vite durci son discours en faveur d’un soutien total à l’État hébreu après avoir rencontré des représentants de l’Aipac, puissant lobby sioniste, en décembre 2015. Depuis lors, le milliardaire s’est revendiqué à de multiples reprises comme étant le « meilleur ami d’Israël ».
S’il n’est pas particulièrement populaire parmi l’électorat juif américain, le magnat de l’immobilier cultive des liens étroits avec la communauté juive conservatrice américaine et avec le gouvernement de Benjamin Netanyahu, dont il a adopté, pendant son discours d’hier, la rhétorique. Au cours de sa carrière d’homme d’affaires, Donald Trump s’est entouré de personnalités juives conservatrices, tissant avec certaines des liens très étroits. Jared Kushner, son gendre, est l’une des figures-clés de la politique pro-israélienne du président. Il est l’un de ses conseillers les plus proches et occupe une place prépondérante dans ses relations avec la Russie et Israël. C’est lui qui mène les négociations entre les États-Unis, l’État hébreu et l’OLP, en quête d’un accord de paix. Et la famille Kushner, proche des Netanyahu, est juive orthodoxe, au point où Ivanka Trump a dû se convertir afin de pouvoir épouser le businessman de 36 ans. Entre son gendre et sa fille récemment convertie, mais aussi son avocat, le juif orthodoxe Jason Greenblatt, Donald Trump est influencé par un lobby permanent, au sein même de sa demeure.

 

(Lire aussi : Les principaux extraits de l’annonce de Trump sur Jérusalem)

 

« Depuis longtemps… »
« Rien, dans le comportement du président Trump, ne suggère qu’il accorde personnellement de l’importance à Jérusalem, explique à L’Orient-Le Jour Perry Camack, chercheur à la Fondation Carnegie et ex-conseiller de l’ancien vice-président Joe Biden. Mais la ville trois fois sainte a une importance particulière pour certains membres du cercle rapproché du président, et ils ont probablement influencé sa décision. »
Le 45e président américain a pu compter hier sur le soutien de plusieurs grandes figures de son parti, traditionnellement connues pour être de fervents défenseurs du gouvernement conservateur de Benjamin Netanyahu. Paul Ryan, le président républicain de la Chambre des représentants, a ainsi célébré la déclaration de Trump : « Ce jour était attendu depuis longtemps. » C’est cette même majorité républicaine qui avait invité le Premier ministre israélien à parler devant le Congrès en 2015 sans l’autorisation du président Barack Obama. Ce dernier s’était attiré les foudres des républicains en critiquant la politique de colonisation israélienne. Donald Trump, en soutenant le gouvernement Netanyahu, cherche ainsi à se distancier de son prédécesseur et à s’affirmer en tant que président « le plus pro-Israël qui ait jamais existé ». Il s’est toujours montré réservé sur la solution des deux États, rompant avec la politique étrangère américaine des précédents locataires de la Maison- Blanche.

 

« Leader fort et indépendant »
Pied de nez à ses prédécesseurs, volonté de se présenter comme un homme d’action, tentative de détourner l’attention des affaires qui mettent en cause sa proximité avec la Russie durant la campagne présidentielle américaine : les motivations personnelles de Donald Trump dans cette affaire restent assez floues. D’autant que les gains qu’il pourrait tirer de cette décision sont plus qu’incertains.
Sur le plan électoral, sa réputation est assez mauvaise chez les juifs américains, qui avaient massivement soutenu Hillary Clinton, lui accordant 71 % de leurs votes lors des élections présidentielles de janvier dernier. C’est plutôt aux Blancs évangéliques, qui constituent sa base électorale, qu’il cherche une nouvelle fois à plaire : 82 % d’entre eux pensent que Dieu a donné Israël au peuple juif… contre seulement 40 % des juifs américains, selon un sondage du Pew Research Center de 2013.
« On sait aujourd’hui que Trump raisonne assez peu en termes de gains électoraux », souligne néanmoins Perry Camack, qui explique la décision controversée par le caractère du président. « Donald Trump veut apparaître en leader fort et indépendant, avec des déclarations essentiellement symboliques. Alors que ses trois prédécesseurs, à partir de Bill Clinton, ont refusé de déménager l’ambassade, il se vante d’avoir été celui qui a fait bouger les lignes, quelles que soient les conséquences. » Dans son discours d’hier soir, le président a ainsi répété à plusieurs reprises qu’il faisait « ce qu’il aurait fallu faire depuis longtemps » et que, contrairement à ses prédécesseurs, il faisait justice au peuple israélien et à la paix.

 

 

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